ANALYSE · SOCIÉTÉ · ÉDUCATION
Immigration et résultats scolaires : ce que disent vraiment les données PISA 2022
L’enquête PISA 2022 de l’OCDE permet, pour la première fois avec une granularité aussi fine, de comparer à la fois la part d’élèves issus de l’immigration dans chaque pays et leur score moyen en mathématiques. En croisant ces deux indicateurs sur 78 pays et économies, le résultat contredit une intuition répandue : les pays qui accueillent proportionnellement le plus d’élèves immigrés ne sont pas ceux où ces élèves réussissent le moins bien — c’est plutôt l’inverse.
Une part d’élèves immigrés très variable selon les pays
La part d’élèves issus de l’immigration (nés à l’étranger ou dont les deux parents sont nés à l’étranger) varie considérablement selon les systèmes éducatifs : de 0,1 % au Vietnam à plus de 60 % à Macao. Cette variation reflète avant tout l’histoire migratoire et économique de chaque territoire : les économies à très forte proportion d’élèves immigrés sont soit de petites économies très ouvertes et attractives pour les travailleurs qualifiés (Macao, Singapour, Hong Kong, la Suisse), soit des pays du Golfe dont l’économie repose structurellement sur une main-d’œuvre étrangère nombreuse (Qatar : 59,1 %, Émirats arabes unis : 52,9 %). La France se situe en position intermédiaire, avec 16,5 % d’élèves issus de l’immigration parmi les pays de l’OCDE.
Le résultat contre-intuitif : plus d’immigration, de meilleurs scores en moyenne
En croisant, pour 78 pays, la part d’élèves immigrés avec leur score moyen en mathématiques, on observe une corrélation positive modérée (coefficient d’environ +0,60) entre les deux indicateurs : les pays qui comptent proportionnellement le plus d’élèves issus de l’immigration sont, en moyenne, ceux où ces élèves obtiennent les meilleurs résultats. Singapour (28,6 % d’élèves immigrés, score de 598, le plus élevé de l’échantillon), Macao (60,3 %, score de 560) ou le Canada (34,4 %, score de 508) illustrent ce schéma.
Cette corrélation ne doit toutefois pas être lue comme « l’immigration améliore les résultats scolaires » : elle reflète très largement un effet de composition. Les pays qui affichent à la fois une forte part d’élèves immigrés et de bons scores sont, pour la plupart, des systèmes qui pratiquent une immigration sélective sur critères de qualification (Singapour, Suisse, Canada, Australie), où les enfants de migrants qualifiés bénéficient souvent d’un capital socio-économique et éducatif familial élevé — un facteur qui, dans toutes les enquêtes PISA, est parmi les plus prédictifs de la réussite scolaire, immigration ou non.
Le contre-exemple du Golfe : la composition migratoire compte plus que le volume
Le cas du Qatar et des Émirats arabes unis illustre bien les limites de cette lecture globale : ces deux pays comptent parmi les plus fortes proportions d’élèves immigrés au monde (59,1 % et 52,9 %), mais leurs scores moyens en mathématiques (449 et 481) restent nettement inférieurs à ceux de Singapour ou du Canada. La différence tient à la composition de la population immigrée : dans les pays du Golfe, elle inclut une proportion importante de travailleurs peu qualifiés dont les enfants n’ont pas nécessairement accès aux mêmes ressources éducatives que les familles de cadres qualifiés accueillies au Canada ou à Singapour.
Autrement dit, ce n’est pas la part d’élèves immigrés qui détermine leur réussite scolaire, mais la nature de la migration (économique qualifiée, familiale, ou humanitaire) et les politiques d’accompagnement scolaire mises en œuvre — un facteur que les données PISA, par construction, ne permettent pas d’isoler complètement.
Où se situe la France dans ce paysage ?
Avec un score moyen de 434 points en mathématiques pour ses élèves issus de l’immigration, la France se classe 28e sur 37 pays de l’OCDE sur ce critère — un rang sensiblement moins favorable que sa part d’élèves immigrés (12e sur 38, soit une proportion plutôt dans la moyenne haute des pays de l’OCDE). Ce décalage entre part et score suggère que la France se situe plutôt du côté des pays où l’écart de performance entre élèves immigrés et non-immigrés reste marqué, un constat par ailleurs documenté de façon récurrente par les enquêtes PISA successives sur les inégalités scolaires en France.


