ANALYSE · HISTOIRE · CONFLITS
Guerres oubliées : les conflits du XIXe siècle les plus meurtriers
Notre série « Bilan humain » documente plus d’une centaine de conflits du XIXe et du début du XXe siècle, souvent tombés dans l’oubli collectif face aux deux guerres mondiales. En classant ces 105 conflits par nombre de morts estimé, une hiérarchie inattendue apparaît : certains des affrontements les plus meurtriers de cette période ne sont presque jamais enseignés.
La première guerre carliste, en tête d’un classement méconnu
Avec environ 130 550 morts estimés, la première guerre carliste (Espagne, 1834-1840) — un conflit dynastique et idéologique opposant partisans d’Isabelle II et de son oncle Charles — arrive en tête de ce classement. Suivent la phase 2 de la guerre des castes du Yucatán (Mexique, 1848-1855, environ 105 000 morts), un soulèvement maya prolongé contre le pouvoir mexicain, puis la guerre d’indépendance hongroise (1848-1849, environ 104 600 morts), réprimée avec l’aide de l’armée russe.
Des conflits coloniaux et indépendantistes largement occultés
La guerre d’indépendance grecque (1821-1828, environ 65 180 morts), pourtant fondatrice de la Grèce moderne et intensément commentée à l’époque par les puissances européennes (le philhellénisme de Lord Byron notamment), n’occupe qu’une place marginale dans la mémoire collective actuelle comparée à son bilan humain réel. De même, la guerre de Shaka Zulu contre les peuples Bantous (1819-1828, environ 60 000 morts) — l’une des campagnes de conquête les plus sanglantes d’Afrique australe pré-coloniale — reste largement absente des récits historiques occidentaux.
Plusieurs conflits éthiopiens complètent ce classement : la deuxième guerre éthiopienne (1868-1872, 35 000 morts) et la guerre de l’Éthiopie contre les Mahdistes (1885-1889, 30 000 morts), témoins des tensions prolongées de la Corne de l’Afrique durant cette période.
Ce que ce classement révèle sur l’écriture de l’histoire
Ce classement met en évidence un biais bien documenté par les historiens : l’ampleur d’un conflit dans la mémoire collective ne correspond pas nécessairement à son bilan humain réel. Des conflits européens ou nord-américains relativement circonscrits sont souvent mieux documentés et enseignés que des guerres coloniales ou extra-européennes bien plus meurtrières, faute de sources centralisées ou d’intérêt historiographique équivalent au moment des faits.


