Auteur/autrice : La rédaction de France Statistiques

  • Dépenses publiques : quels pays affichent la croissance la plus rapide depuis les années 1980-2000 ?

    ANALYSE · ÉCONOMIE · FINANCES PUBLIQUES INTERNATIONALES

    Dépenses publiques : quels pays affichent la croissance la plus rapide depuis les années 1980-2000 ?

    Les données du FMI permettent de comparer, pour une trentaine de pays, l’évolution des dépenses publiques en monnaie locale sur plusieurs décennies. Le classement par taux de croissance annuel moyen révèle un clivage attendu mais rarement chiffré aussi précisément : les économies à forte inflation affichent des hausses nominales vertigineuses, quand les économies stables progressent à un rythme bien plus modéré.

    Un avertissement méthodologique essentiel

    Avant toute lecture de ce classement, une précision s’impose : ces chiffres mesurent une croissance nominale, exprimée dans la monnaie locale de chaque pays, non corrigée de l’inflation. Un pays qui affiche une croissance nominale de 15 % par an peut très bien avoir vu son pouvoir d’achat public stagner, voire reculer, si l’inflation annuelle a été du même ordre. Ce classement ne mesure donc pas « qui dépense le plus » en termes réels, mais la dynamique en monnaie courante de chaque budget national — un indicateur qui reflète autant l’inflation domestique que les choix budgétaires eux-mêmes.

    Le groupe des fortes croissances nominales : inflation avant tout

    Sans surprise, les taux de croissance annuelle moyenne les plus élevés se rencontrent dans des pays ayant connu une inflation élevée ou des dévaluations monétaires marquées sur la période observée : la Russie (+17,5 %/an entre 1998 et 2023, période marquée par la crise du rouble de 1998 puis une inflation chronique), la Chine (+15,1 %/an depuis 1982, sur une période de transformation économique radicale et de forte croissance nominale), l’Indonésie (+14,7 %/an) ou l’Algérie (+14,4 %/an). Dans tous ces cas, une part significative — parfois la majorité — de la hausse affichée reflète la dépréciation de la monnaie et l’inflation cumulée plutôt qu’un effort budgétaire réel comparable.

    Le groupe des économies stables : des hausses plus modestes, mais bien réelles

    À l’autre extrémité du classement, les pays à monnaie stable et faible inflation affichent des croissances nominales bien plus modérées : le Japon (+2,6 %/an depuis 1980, la plus faible croissance de l’échantillon, cohérente avec des décennies de quasi-stagnation des prix), l’Allemagne (+3,2 %/an), la Suisse (+3,3 %/an) ou les Pays-Bas (+3,8 %/an). Pour ces économies, l’écart entre croissance nominale et croissance réelle est faible — ces chiffres reflètent donc plus fidèlement une évolution effective de l’effort budgétaire.

    La France se situe dans une position intermédiaire, avec une croissance nominale de +4,9 % par an depuis 1980 (soit x7,3 en quarante-deux ans), un rythme comparable à celui des États-Unis (+4,9 %/an depuis 2001) — deux économies à inflation historiquement modérée sur la période, où la hausse nominale reste donc relativement représentative d’une hausse réelle des budgets publics.

    En résumé : comparer les dépenses publiques entre pays sur la seule base de taux de croissance nominaux en monnaie locale est un exercice à manier avec précaution — l’essentiel de l’écart entre le Japon (+2,6 %/an) et la Russie (+17,5 %/an) s’explique par l’inflation domestique de chaque pays, pas par des trajectoires budgétaires quarante fois plus généreuses. Seule une comparaison en monnaie constante ou en pourcentage du PIB permettrait de juger d’un véritable effort budgétaire relatif entre pays.
    Sources : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale (WEO). Données en monnaie locale courante, non corrigées de l’inflation. Analyse (taux de croissance annuel moyen) réalisée par France Statistiques.
  • Guerres oubliées : les conflits du XIXe siècle les plus meurtriers

    ANALYSE · HISTOIRE · CONFLITS

    Guerres oubliées : les conflits du XIXe siècle les plus meurtriers

    Notre série « Bilan humain » documente plus d’une centaine de conflits du XIXe et du début du XXe siècle, souvent tombés dans l’oubli collectif face aux deux guerres mondiales. En classant ces 105 conflits par nombre de morts estimé, une hiérarchie inattendue apparaît : certains des affrontements les plus meurtriers de cette période ne sont presque jamais enseignés.

    La première guerre carliste, en tête d’un classement méconnu

    Avec environ 130 550 morts estimés, la première guerre carliste (Espagne, 1834-1840) — un conflit dynastique et idéologique opposant partisans d’Isabelle II et de son oncle Charles — arrive en tête de ce classement. Suivent la phase 2 de la guerre des castes du Yucatán (Mexique, 1848-1855, environ 105 000 morts), un soulèvement maya prolongé contre le pouvoir mexicain, puis la guerre d’indépendance hongroise (1848-1849, environ 104 600 morts), réprimée avec l’aide de l’armée russe.

    Des conflits coloniaux et indépendantistes largement occultés

    La guerre d’indépendance grecque (1821-1828, environ 65 180 morts), pourtant fondatrice de la Grèce moderne et intensément commentée à l’époque par les puissances européennes (le philhellénisme de Lord Byron notamment), n’occupe qu’une place marginale dans la mémoire collective actuelle comparée à son bilan humain réel. De même, la guerre de Shaka Zulu contre les peuples Bantous (1819-1828, environ 60 000 morts) — l’une des campagnes de conquête les plus sanglantes d’Afrique australe pré-coloniale — reste largement absente des récits historiques occidentaux.

    Plusieurs conflits éthiopiens complètent ce classement : la deuxième guerre éthiopienne (1868-1872, 35 000 morts) et la guerre de l’Éthiopie contre les Mahdistes (1885-1889, 30 000 morts), témoins des tensions prolongées de la Corne de l’Afrique durant cette période.

    Ce que ce classement révèle sur l’écriture de l’histoire

    Ce classement met en évidence un biais bien documenté par les historiens : l’ampleur d’un conflit dans la mémoire collective ne correspond pas nécessairement à son bilan humain réel. Des conflits européens ou nord-américains relativement circonscrits sont souvent mieux documentés et enseignés que des guerres coloniales ou extra-européennes bien plus meurtrières, faute de sources centralisées ou d’intérêt historiographique équivalent au moment des faits.

    En résumé : sur les 105 conflits de notre série « Bilan humain » couvrant le XIXe siècle et le début du XXe, les dix plus meurtriers ont fait ensemble plus de 530 000 morts estimés — un bilan comparable à celui de conflits bien plus connus, mais resté largement hors des mémoires nationales dominantes. Cette série ne couvre pas les deux guerres mondiales ni les plus grands conflits du XXe siècle : elle se concentre spécifiquement sur les guerres régionales, coloniales et indépendantistes souvent absentes des manuels scolaires occidentaux.
    Sources : Correlates of War Project — Intra-State War Data v5.1 / Extra-State War Data. Bilans estimés, pertes combattantes. Classement établi par France Statistiques à partir des 105 pages de la série « Bilan humain ».
  • Immigration et résultats scolaires : ce que disent vraiment les données PISA 2022

    ANALYSE · SOCIÉTÉ · ÉDUCATION

    Immigration et résultats scolaires : ce que disent vraiment les données PISA 2022

    L’enquête PISA 2022 de l’OCDE permet, pour la première fois avec une granularité aussi fine, de comparer à la fois la part d’élèves issus de l’immigration dans chaque pays et leur score moyen en mathématiques. En croisant ces deux indicateurs sur 78 pays et économies, le résultat contredit une intuition répandue : les pays qui accueillent proportionnellement le plus d’élèves immigrés ne sont pas ceux où ces élèves réussissent le moins bien — c’est plutôt l’inverse.

    Une part d’élèves immigrés très variable selon les pays

    La part d’élèves issus de l’immigration (nés à l’étranger ou dont les deux parents sont nés à l’étranger) varie considérablement selon les systèmes éducatifs : de 0,1 % au Vietnam à plus de 60 % à Macao. Cette variation reflète avant tout l’histoire migratoire et économique de chaque territoire : les économies à très forte proportion d’élèves immigrés sont soit de petites économies très ouvertes et attractives pour les travailleurs qualifiés (Macao, Singapour, Hong Kong, la Suisse), soit des pays du Golfe dont l’économie repose structurellement sur une main-d’œuvre étrangère nombreuse (Qatar : 59,1 %, Émirats arabes unis : 52,9 %). La France se situe en position intermédiaire, avec 16,5 % d’élèves issus de l’immigration parmi les pays de l’OCDE.

    Le résultat contre-intuitif : plus d’immigration, de meilleurs scores en moyenne

    En croisant, pour 78 pays, la part d’élèves immigrés avec leur score moyen en mathématiques, on observe une corrélation positive modérée (coefficient d’environ +0,60) entre les deux indicateurs : les pays qui comptent proportionnellement le plus d’élèves issus de l’immigration sont, en moyenne, ceux où ces élèves obtiennent les meilleurs résultats. Singapour (28,6 % d’élèves immigrés, score de 598, le plus élevé de l’échantillon), Macao (60,3 %, score de 560) ou le Canada (34,4 %, score de 508) illustrent ce schéma.

    Cette corrélation ne doit toutefois pas être lue comme « l’immigration améliore les résultats scolaires » : elle reflète très largement un effet de composition. Les pays qui affichent à la fois une forte part d’élèves immigrés et de bons scores sont, pour la plupart, des systèmes qui pratiquent une immigration sélective sur critères de qualification (Singapour, Suisse, Canada, Australie), où les enfants de migrants qualifiés bénéficient souvent d’un capital socio-économique et éducatif familial élevé — un facteur qui, dans toutes les enquêtes PISA, est parmi les plus prédictifs de la réussite scolaire, immigration ou non.

    Le contre-exemple du Golfe : la composition migratoire compte plus que le volume

    Le cas du Qatar et des Émirats arabes unis illustre bien les limites de cette lecture globale : ces deux pays comptent parmi les plus fortes proportions d’élèves immigrés au monde (59,1 % et 52,9 %), mais leurs scores moyens en mathématiques (449 et 481) restent nettement inférieurs à ceux de Singapour ou du Canada. La différence tient à la composition de la population immigrée : dans les pays du Golfe, elle inclut une proportion importante de travailleurs peu qualifiés dont les enfants n’ont pas nécessairement accès aux mêmes ressources éducatives que les familles de cadres qualifiés accueillies au Canada ou à Singapour.

    Autrement dit, ce n’est pas la part d’élèves immigrés qui détermine leur réussite scolaire, mais la nature de la migration (économique qualifiée, familiale, ou humanitaire) et les politiques d’accompagnement scolaire mises en œuvre — un facteur que les données PISA, par construction, ne permettent pas d’isoler complètement.

    Où se situe la France dans ce paysage ?

    Avec un score moyen de 434 points en mathématiques pour ses élèves issus de l’immigration, la France se classe 28e sur 37 pays de l’OCDE sur ce critère — un rang sensiblement moins favorable que sa part d’élèves immigrés (12e sur 38, soit une proportion plutôt dans la moyenne haute des pays de l’OCDE). Ce décalage entre part et score suggère que la France se situe plutôt du côté des pays où l’écart de performance entre élèves immigrés et non-immigrés reste marqué, un constat par ailleurs documenté de façon récurrente par les enquêtes PISA successives sur les inégalités scolaires en France.

    En résumé : à l’échelle internationale, il n’existe pas de lien simple entre le volume d’immigration scolaire et la réussite des élèves concernés. La corrélation globalement positive observée sur 78 pays s’explique surtout par la nature sélective de l’immigration dans les pays qui cumulent forte part et bons scores (Singapour, Suisse, Canada), tandis que les pays du Golfe montrent qu’une forte proportion d’élèves immigrés peut coexister avec des scores plus modestes selon la composition socio-économique de cette immigration. La France, avec une part d’élèves immigrés proche de la moyenne OCDE mais un score parmi les plus faibles, illustre les limites persistantes de son système à réduire les écarts de performance liés à l’origine migratoire.
    Sources : OCDE, Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA 2022), volet mathématiques. Analyse croisée (corrélation part/score, 78 pays et économies) réalisée par France Statistiques à partir des données publiques de l’enquête.
  • L’espérance de vie dans le monde : convergence historique, écarts persistants

    ANALYSE · SOCIÉTÉ · DÉMOGRAPHIE

    L’espérance de vie dans le monde : convergence historique, écarts persistants

    Entre 1950 et 2023, l’espérance de vie mondiale à la naissance est passée de 46,4 à 73,2 ans — un gain de près de 27 ans en moins de trois quarts de siècle, l’un des progrès les plus rapides de l’histoire humaine. Mais ce progrès global masque une dynamique plus intéressante : les continents partis de plus bas ont, dans l’ensemble, rattrapé une partie de leur retard.

    Un gain mondial spectaculaire, mais inégalement réparti au départ

    En 1950, l’écart entre les continents était considérable : 30,9 ans séparaient l’Afrique (37,2 ans d’espérance de vie) de l’Amérique du Nord (68,1 ans), le continent le mieux loti à l’époque. L’Europe (62 ans) et l’Océanie (61,6 ans) suivaient de près, tandis que l’Asie (42 ans) et l’Amérique latine (48,7 ans) restaient nettement en retrait.

    Une convergence réelle, portée par les progrès les plus rapides là où le retard était le plus grand

    Soixante-treize ans plus tard, l’écart entre l’Afrique et l’Amérique du Nord s’est réduit à 15,8 ans (63,8 contre 79,6) — quasiment divisé par deux. Ce rattrapage relatif s’explique par un principe simple : les continents partis de plus bas ont gagné le plus d’années. L’Afrique a gagné 26,6 ans depuis 1950 (37,2 → 63,8), l’Asie 32,6 ans (42 → 74,6) — la progression la plus forte de tous les continents —, quand l’Amérique du Nord, déjà en tête en 1950, n’a gagné « que » 11,5 ans (68,1 → 79,6).

    Ce schéma de convergence — les retardataires progressant plus vite que les pionniers — est cohérent avec la théorie de la transition épidémiologique : une fois les grandes causes de mortalité précoce maîtrisées (maladies infectieuses, mortalité infantile), les gains supplémentaires deviennent de plus en plus difficiles à obtenir, ce qui ralentit mécaniquement la progression des pays déjà les plus avancés.

    L’Asie, la progression la plus spectaculaire

    Le cas de l’Asie mérite d’être souligné : partie de 42 ans en 1950 — le continent le moins avancé à l’époque, derrière même l’Afrique —, elle affiche en 2023 une espérance de vie de 74,6 ans, désormais au niveau de l’Amérique latine (75,7 ans) et proche de l’Europe (79,1 ans). Ce basculement reflète notamment les trajectoires de la Chine et de l’Inde, dont les progrès sanitaires et économiques des dernières décennies ont transformé les moyennes régionales.

    En résumé : le XXe et le début du XXIe siècle ont vu l’espérance de vie mondiale converger de façon significative, l’écart entre continents le mieux et le moins bien loti passant de près de 31 ans en 1950 à moins de 16 ans aujourd’hui. Cette convergence n’efface pas les inégalités persistantes — l’Afrique reste le continent à l’espérance de vie la plus faible — mais elle dessine une tendance de fond : le progrès sanitaire mondial des soixante-dix dernières années a profité en premier lieu aux régions qui en avaient le plus besoin.
    Sources : Nations Unies, World Population Prospects 2024. Données 1950-2023, moyennes par continent.
  • La progressivité de l’impôt sur le revenu en France, décile par décile

    ANALYSE · ÉCONOMIE · FISCALITÉ

    La progressivité de l’impôt sur le revenu en France, décile par décile

    En théorie, l’impôt sur le revenu français est progressif : plus on gagne, plus le taux moyen appliqué augmente. Les données 2024 de la DGFiP, ventilées par décile de revenu fiscal de référence (RFR), confirment cette mécanique dans ses grandes lignes — mais révèlent aussi deux résultats moins intuitifs : un impôt « négatif » pour une partie de la classe moyenne, et un léger tassement de la progressivité tout en haut de l’échelle des revenus.

    Une progressivité nette, mais qui démarre tard

    Le barème de l’impôt sur le revenu est construit par tranches croissantes, et les données par décile le confirment sans ambiguïté : le taux moyen d’imposition après réductions et crédits d’impôt (RICI) passe de valeurs proches de zéro ou négatives pour la première moitié des foyers, à 6,7 % pour le 9e décile, puis 14,9 % pour le 10e décile (les 10 % de foyers aux revenus les plus élevés). Le saut est particulièrement marqué entre le 9e et le 10e décile : le taux plus que double, signe que l’essentiel de la progressivité du barème se concentre sur la frange supérieure des revenus.

    Un impôt négatif pour une partie de la classe moyenne

    Résultat moins connu : pour les déciles 2 à 5 — c’est-à-dire environ 40 % des foyers fiscaux, situés juste au-dessus du premier décile — le taux moyen après RICI devient négatif, jusqu’à -0,8 % pour le 2e décile. Concrètement, ces foyers perçoivent en moyenne plus de crédits et réductions d’impôt qu’ils ne paient d’impôt sur le revenu brut. Ce n’est pas une anomalie statistique : c’est le résultat mécanique de dispositifs comme la prime pour l’emploi historique, les crédits d’impôt pour l’emploi à domicile, les dons, ou certains crédits liés à la garde d’enfants, qui s’appliquent à des foyers dont l’impôt brut est déjà faible ou nul.

    Ce mécanisme illustre une réalité peu mise en avant du débat fiscal français : l’impôt sur le revenu ne se contente pas de prélever, il redistribue aussi via le système de crédits d’impôt, y compris vers des foyers qui ne sont pas les plus modestes du pays (le premier décile, non représenté ici, étant non significatif faute de RFR suffisant).

    Le paradoxe du sommet : le dernier millième moins taxé que le dernier centième

    La donnée la plus contre-intuitive concerne l’extrême sommet de la distribution. Le dernier centième (1 % des foyers les plus aisés, RFR moyen de 216 350 € par part) affiche un taux moyen après RICI de 19,5 %. Mais le dernier millième (0,1 % des foyers les plus riches, RFR moyen de 896 810 € par part, soit plus de quatre fois supérieur) affiche un taux légèrement inférieur : 19,1 %.

    Ce tassement, documenté depuis plusieurs années par la DGFiP et par des économistes comme Thomas Piketty ou Gabriel Zucman, s’explique principalement par la composition des revenus aux tout premiers rangs de la distribution : au-delà d’un certain niveau de patrimoine, une part croissante des revenus provient de dividendes et de plus-values, taxés depuis 2018 par le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à un taux de 30 %, sensiblement inférieur au taux marginal de 45 % applicable aux revenus du travail les plus élevés dans le barème progressif. Le CEHR (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus), censée limiter ce phénomène, ne suffit pas à l’annuler entièrement.

    Ce que ces chiffres disent (et ne disent pas)

    Ces données par décile mesurent un taux moyen apparent, calculé sur le RFR — elles ne mesurent pas directement des concepts plus larges comme le taux de prélèvements obligatoires (qui inclut la CSG, la TVA et les cotisations sociales), ni la totalité des revenus économiques réels des ménages les plus aisés, dont une partie peut ne jamais transiter par la déclaration de revenus (plus-values latentes non réalisées, par exemple). Le débat sur la progressivité globale du système fiscal français reste donc plus large que ce que ce seul jeu de données peut trancher — mais sur le seul impôt sur le revenu, la mécanique du tassement au sommet est, elle, clairement documentée.

    En résumé : l’impôt sur le revenu français est bien progressif dans son ensemble, avec un taux moyen qui passe de négatif pour une partie de la classe moyenne à près de 15 % pour les 10 % de foyers les plus aisés. Mais cette progressivité connaît deux limites documentées : elle repose largement sur des dispositifs de crédits d’impôt qui rendent le système plus redistributif qu’il n’y paraît au premier regard, et elle marque un léger recul tout en haut de l’échelle, où la fiscalité plus favorable des revenus du capital vient modérer la progressivité du barème.
    Sources : Direction générale des Finances publiques (DGFiP), données d’assiette de l’impôt sur le revenu par décile de RFR par part, millésime 2024 (6e émission des revenus 2024). Les taux 2019-2024 ne tiennent pas compte de l’imputation du prélèvement à la source payé depuis 2019.
  • Le business du football : l’argent achète-t-il vraiment les titres ?

    ANALYSE · SPORT · FOOTBALL

    Le business du football : l’argent achète-t-il vraiment les titres ?

    Le classement Deloitte des revenus des clubs de football et les palmarès nationaux de chaque grand championnat racontent, une fois croisés, une histoire assez cohérente : les clubs les plus riches sont, dans l’immense majorité des cas, aussi les plus titrés. Mais un contre-exemple récent — le Paris Saint-Germain — illustre les limites de cette règle.

    Une corrélation nette entre revenus et palmarès historique

    En tête du classement Deloitte des revenus 2024/25 : le Real Madrid (1 161 M€), le FC Barcelone (974,8 M€) et le Bayern Munich (860,6 M€). Ces trois clubs sont aussi, sans exception, les plus titrés de leur championnat national : le Real Madrid compte 36 titres de champion d’Espagne, le Barça 29, et le Bayern Munich 35 titres de champion d’Allemagne — loin devant leurs poursuivants respectifs (Atlético de Madrid : 11 ; Borussia Dortmund : 8). En Angleterre, Manchester United et Liverpool, tous deux au sommet du palmarès national avec 20 titres chacun, comptent également parmi les clubs aux revenus les plus élevés d’Europe.

    Le cas particulier du Paris Saint-Germain

    Le Paris Saint-Germain (837 M€ de revenus, 4e rang mondial) illustre une dynamique différente. Avec 14 titres de champion de France, le club occupe la première place du palmarès national — mais l’écart avec ses poursuivants historiques (AS Saint-Étienne : 10 ; Olympique de Marseille : 9) est bien plus resserré que dans les autres grands championnats. Contrairement au Real Madrid ou au Bayern Munich, dont la domination s’étend sur près d’un siècle, l’essentiel des titres du PSG a été conquis après le rachat du club par des investisseurs qataris en 2011 : le club est passé d’un palmarès modeste à la première place nationale en un peu plus d’une décennie, porté directement par sa puissance financière nouvellement acquise.

    Ce contraste illustre deux voies distinctes vers la domination sportive : une domination historique et progressive (Real Madrid, Bayern Munich, Manchester United), construite sur des décennies de succès et de revenus cumulés, contre une domination récente et financée (PSG), où l’investissement massif a directement précédé — et largement expliqué — le succès sportif.

    Une règle générale, pas une loi absolue

    Cette corrélation entre argent et titres n’est cependant pas mécanique. Des clubs historiquement performants sans être les plus riches de leur pays existent encore (l’Atlético de Madrid en Espagne, Arsenal en Angleterre), et l’argent n’a jamais garanti à lui seul le succès immédiat — de nombreux clubs aux investissements massifs n’ont pas obtenu de résultats sportifs proportionnés. Le lien entre revenus et titres reste donc une tendance forte, pas un déterminisme.

    En résumé : dans la plupart des grands championnats européens, le club le plus riche est aussi, sans surprise, le plus titré — une corrélation construite sur des décennies pour le Real Madrid, le Bayern Munich ou Manchester United. Le PSG constitue le cas le plus net d’accélération artificielle de cette trajectoire : quatorze ans à peine ont suffi à transformer un investissement massif en domination nationale, quand les autres géants du football ont mis un siècle à construire la leur.
    Sources : Deloitte Football Money League (édition janvier 2026, revenus 2024/25) ; palmarès nationaux par fédération, données actualisées.
  • Où vivent les Français les plus imposés ? Panorama fiscal des régions et départements

    ANALYSE · ÉCONOMIE · FISCALITÉ

    Où vivent les Français les plus imposés ? Panorama fiscal des régions et départements

    En 2024, l’impôt sur le revenu perçu en France s’élève à 91,7 milliards d’euros, mais sa répartition géographique est loin d’être homogène. En croisant les données régionales et départementales de la DGFiP, un clivage net se dessine entre l’Île-de-France et le reste du pays — et entre grandes métropoles et territoires ruraux.

    L’Île-de-France, hors norme

    Avec 33,3 milliards d’euros d’impôt sur le revenu perçu en 2024, l’Île-de-France concentre à elle seule 36,3 % du total national, pour seulement 18,1 % des foyers fiscaux du pays. Autrement dit, le foyer fiscal francilien moyen paie proportionnellement environ deux fois plus d’impôt sur le revenu que le foyer fiscal moyen national. Aucune autre région n’approche ce niveau : l’Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région contributrice, ne pèse que 9,8 milliards d’euros, presque quatre fois moins.

    Paris et les Hauts-de-Seine, sommets de la pyramide fiscale

    À l’échelle départementale, le clivage est encore plus marqué. Paris arrive largement en tête avec 13,1 milliards d’euros d’impôt sur le revenu perçu — plus que n’importe quelle région française hors Île-de-France. Les Hauts-de-Seine suivent avec 6,7 milliards, puis les Yvelines (4 milliards). Ces trois départements franciliens réunissent à eux seuls près de 24 milliards d’euros, soit plus du quart de l’impôt sur le revenu national.

    Les 10 premiers départements contributeurs concentrent 26,6 % du total national — un niveau de concentration qui reflète moins la richesse par habitant que la simple densité de foyers à hauts revenus dans les grandes métropoles et leur périphérie aisée.

    La Lozère et la Creuse, à l’autre extrémité

    À l’opposé, des départements ruraux comme la Lozère (47 millions d’euros d’impôt perçu) ou la Creuse (60 millions) ferment le classement — plus de 200 fois moins que Paris. Cet écart massif s’explique en grande partie par la taille de la population : la Lozère compte moins de 50 000 foyers fiscaux, contre plus d’1,5 million à Paris. Mais même rapporté au nombre de foyers, l’écart de revenu imposable moyen entre ces territoires ruraux et les départements les plus aisés reste considérable.

    En résumé : la carte fiscale française épouse fidèlement la géographie économique du pays : une Île-de-France hors norme, un axe de grandes métropoles (Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes) nettement au-dessus de la moyenne, et une France rurale dont la contribution reste marginale en valeur absolue, quoique proportionnée à sa population. Cette concentration géographique de la matière fiscale explique aussi pourquoi les débats sur la péréquation entre territoires restent un sujet politique récurrent.
    Sources : Direction générale des Finances publiques (DGFiP), impôt sur le revenu par région et par département, millésime 2024.
  • PIB nominal, PIB par habitant, PIB en PPA : pourquoi ces trois classements racontent des histoires différentes

    ANALYSE · ÉCONOMIE · INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

    PIB nominal, PIB par habitant, PIB en PPA : pourquoi ces trois classements racontent des histoires différentes

    « Quel est le pays le plus riche du monde ? » La réponse dépend entièrement de l’indicateur choisi. En comparant les classements par PIB nominal, PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA) et PIB par habitant, on obtient trois hiérarchies mondiales sensiblement différentes — et c’est précisément ce qui rend chacune utile, à condition de savoir ce qu’elle mesure vraiment.

    Le PIB nominal : la taille brute de l’économie

    Classé en dollars courants, le PIB nominal place les États-Unis en tête (28 751 milliards de dollars), devant la Chine (18 744 milliards), l’Allemagne (4 686 milliards) et le Japon (4 028 milliards). Cet indicateur mesure la taille économique brute, telle que perçue sur les marchés des changes internationaux — utile pour comparer le poids géopolitique et financier des économies, mais biaisé par les taux de change et les écarts de niveaux de prix entre pays.

    Le PIB en PPA : la Chine repasse devant les États-Unis

    Dès qu’on corrige les écarts de prix entre pays via la parité de pouvoir d’achat, la hiérarchie change : la Chine repasse en tête (38 190 milliards de dollars PPA, contre 29 185 milliards pour les États-Unis), et l’Inde bondit à la 3e place mondiale (16 192 milliards), loin devant l’Allemagne ou le Japon qui dominaient le classement nominal. Ce basculement s’explique par le niveau des prix domestiques : un même panier de biens et services coûte nettement moins cher en Chine ou en Inde qu’aux États-Unis, ce qui signifie qu’un même montant de PIB nominal correspond, dans ces pays, à un volume de production et de consommation réel bien plus élevé une fois exprimé en PPA.

    Le PIB par habitant : les petites économies ultra-riches prennent la tête

    Rapporté à la population, le classement change une nouvelle fois de visage. En PIB par habitant nominal, ce sont de très petites économies qui dominent : Monaco (288 001 $), les Bermudes (142 855 $) et le Luxembourg (137 782 $) — des places financières ou fiscales à la population réduite, où un PIB élevé se répartit sur très peu d’habitants. En PPA, la hiérarchie se resserre autour d’un profil différent : le Luxembourg reste en tête (155 941 $), mais Singapour (150 689 $), le Qatar (126 046 $) et Macao (126 960 $) intègrent le top 5 — des économies dont le niveau de prix domestique nettement inférieur à celui de l’Europe occidentale gonfle mécaniquement le PIB par habitant une fois exprimé en pouvoir d’achat réel.

    En résumé : aucun de ces trois indicateurs n’est « le bon » à l’exclusion des autres — chacun répond à une question différente. Le PIB nominal mesure le poids économique et financier brut d’un pays sur la scène internationale. Le PIB en PPA mesure le volume réel de production et de pouvoir d’achat, corrigé des écarts de prix — c’est lui qui place la Chine et l’Inde bien plus haut que ne le suggère leur PIB nominal. Le PIB par habitant, enfin, mesure la richesse moyenne individuelle, un indicateur sur lequel de très petites économies peuvent surclasser des géants industriels.
    Sources : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale (WEO), données 2024.
  • Pourquoi le déficit public français ne repasse plus sous les 3 % depuis 2020

    ANALYSE · ÉCONOMIE · FINANCES PUBLIQUES

    Pourquoi le déficit public français ne repasse plus sous les 3 % depuis 2020

    Depuis la crise du Covid-19, la France n’est jamais repassée sous la barre symbolique des 3 % de déficit public fixée par les traités européens. Cinq années de suite (2020-2025) à un niveau supérieur à 4,5 %, alors qu’elle y était pourtant parvenue en 2018 et 2019. Que s’est-il passé, et pourquoi la trajectoire ne s’inverse-t-elle pas ?

    Une décennie 2010 de lente consolidation, enfin récompensée

    Après le choc de la crise financière de 2008-2009 — le déficit atteint -7,2 % du PIB en 2010, un niveau alors inédit en temps de paix —, la France s’engage dans une décennie de consolidation budgétaire progressive. La trajectoire est lente mais réelle : -5,2 % en 2013, -3,9 % en 2015, -3,4 % en 2017. En 2018 et 2019, l’objectif est enfin atteint : le déficit repasse sous la barre des 3 % (-2,3 % puis -2,4 %), pour la première fois depuis 2008.

    Cette parenthèse est de courte durée. Elle démontre néanmoins que le retour sous les 3 % n’est pas hors de portée pour l’économie française : il a déjà eu lieu, récemment, sans réforme structurelle majeure ni choc externe favorable exceptionnel.

    Le choc Covid, puis l’absence de rattrapage

    La pandémie de 2020 provoque un effondrement budgétaire sans précédent : -8,9 % du PIB, sous l’effet des mesures de soutien massives (chômage partiel, aides aux entreprises, dépenses de santé). Ce choc est comparable en ampleur à celui de 2009-2010, mais la reprise qui suit se révèle beaucoup moins franche.

    En 2021, le déficit reflue à -6,6 %, puis à -4,7 % en 2022 — la meilleure performance post-Covid. Mais au lieu de poursuivre cette trajectoire de retour vers l’équilibre, comme après la crise de 2008, le déficit se dégrade à nouveau : -5,4 % en 2023, -5,8 % en 2024, avant une légère amélioration à -5,1 % en 2025. Cinq ans après le choc initial, la France reste presque deux fois au-dessus du seuil européen — contre trois ans seulement lors du cycle 2009-2012, où le déficit était déjà repassé sous les 5 % dès la troisième année.

    Une dépense publique qui continue de croître

    Une partie de l’explication tient à la dynamique des dépenses publiques, qui n’ont cessé d’augmenter en valeur : selon les données du FMI (Perspectives de l’économie mondiale), elles passent de 1 315 milliards d’euros en 2018 à environ 1 652 milliards en 2024, une hausse de plus de 25 % en six ans, portée notamment par la revalorisation des prestations sociales indexées sur l’inflation, la hausse de la charge de la dette liée à la remontée des taux d’intérêt depuis 2022, et les dépenses de santé.

    Du côté des recettes, la France affiche pourtant l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés parmi les économies développées : les recettes publiques oscillent autour de 52-53 % du PIB depuis 2011 (source : FMI), un niveau déjà très élevé qui laisse peu de marge pour financer un surcroît de dépenses par de nouvelles recettes sans peser davantage sur l’activité économique.

    Une dette publique qui dépasse désormais 110 % du PIB

    Mécaniquement, l’accumulation de déficits successifs depuis 2020 alourdit la dette publique, qui dépasse aujourd’hui 110 % du PIB. Cette situation crée un cercle qui se referme lentement : plus la dette est élevée, plus la charge d’intérêts pèse sur le budget — surtout dans un contexte de taux d’intérêt remontés depuis 2022, après une décennie de taux historiquement bas. Une partie non négligeable de la dégradation récente du déficit s’explique ainsi par une charge de la dette qui augmente presque mécaniquement, indépendamment de tout choix de politique budgétaire nouveau.

    En résumé : la France a démontré, en 2018-2019, qu’un retour sous les 3 % de déficit était possible. Mais le choc Covid de 2020 a rouvert un déséquilibre que la reprise 2021-2022 n’a que partiellement corrigé, avant une nouvelle dégradation en 2023-2024. Avec des recettes déjà proches de leur plafond et une dépense publique tirée à la hausse par la charge de la dette et les dépenses sociales, la trajectoire de retour sous les 3 % apparaît aujourd’hui plus longue et plus incertaine qu’après la crise de 2008.
    Sources : Insee (comptes nationaux, base 2020) pour le déficit public 1959-2025 ; Fonds monétaire international (Perspectives de l’économie mondiale, WEO) pour les recettes et dépenses publiques 1980-2029, chiffres 2025-2029 étant des projections. Les données FMI et Insee reposent sur des méthodologies proches mais non identiques ; de légers écarts entre les deux sources peuvent apparaître sur les mêmes années.
  • Qui domine vraiment le football mondial ? 96 ans de Coupes du monde en une analyse

    ANALYSE · SPORT · FOOTBALL

    Qui domine vraiment le football mondial ? 96 ans de Coupes du monde en une analyse

    Depuis 1930, 23 éditions de la Coupe du monde ont désigné 8 champions différents. Mais le palmarès des titres ne raconte qu’une partie de l’histoire : en croisant les statistiques de titres, de finales, de demi-finales et de buteurs, une image plus nuancée se dessine — et la réponse à « qui domine » dépend beaucoup de la question qu’on pose.

    Le Brésil, seul au sommet sur la durée

    Sur le critère le plus simple — le nombre de titres —, le Brésil domine sans partage avec 5 Coupes du monde (1958, 1962, 1970, 1994, 2002), seule sélection à avoir remporté le trophée à cinq reprises. Cette suprématie se retrouve à tous les stades de la compétition : le Brésil détient aussi le record du nombre de quarts de finale disputés (19) et de demi-finales (11), loin devant tous ses rivaux. Sur la durée du siècle écoulé, aucune autre nation n’a été aussi régulièrement présente au plus haut niveau.

    L’Allemagne, la régularité incarnée

    Avec 4 titres (à égalité avec l’Italie), l’Allemagne n’est que troisième au palmarès brut. Mais elle est la nation la plus constante de l’histoire du tournoi : elle détient le record du nombre de finales disputées (8, pour 4 victoires et 4 défaites) et de demi-finales (13) — surpassant même le Brésil sur ces deux critères précis. Autrement dit, l’Allemagne atteint le dernier carré plus souvent que n’importe quelle autre équipe, même si elle ne parvient pas systématiquement à transformer l’essai en titre.

    L’Argentine et la France, propulsées par leurs individualités récentes

    Les éditions 2022 et 2026 ont profondément rebattu les cartes. L’Argentine, portée par Lionel Messi, remporte son 3e titre en 2022 puis atteint une nouvelle finale en 2026 (perdue face à l’Espagne), portant son total à 7 finales — à égalité avec le Brésil, juste derrière l’Allemagne. Messi devient au passage le seul double lauréat du Ballon d’Or de la Coupe du monde (2014, 2022) et le meilleur passeur historique du tournoi.

    La France, de son côté, vit une décennie exceptionnelle : 2 titres (1998, 2018), une finale perdue en 2022, une demi-finale en 2026. Surtout, Kylian Mbappé devient en 2026 le meilleur buteur de l’histoire de la compétition avec 22 buts en trois participations (2018, 2022, 2026), dépassant Messi (21) et l’Allemand Miroslav Klose, précédent record (16 buts), qui détenait la marque depuis 2014. Il aura suffi à Mbappé de trois Coupes du monde pour effacer un record qui semblait installé pour longtemps.

    L’Espagne, une histoire de très haut niveau mais tardive

    Longtemps considérée comme une grande nation de club sans réussite équivalente en sélection, l’Espagne a rejoint le cercle très fermé des doubles champions du monde en 2026 (après 2010), devenant le sixième pays à compter au moins deux titres — aux côtés du Brésil, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Argentine, de la France et de l’Uruguay. Sa génération 2026 réalise en outre un triplé individuel rare : Rodri (Ballon d’Or du tournoi), Unai Simón (Gant d’Or du meilleur gardien) et Pau Cubarsí (meilleur jeune joueur) sont tous trois espagnols — une razzia sur les récompenses individuelles rarement observée pour une seule sélection.

    En résumé : il n’existe pas un mais plusieurs classements de la domination mondiale. Le Brésil reste la référence historique absolue (titres, quarts et demi-finales). L’Allemagne est la nation la plus constamment performante sur la durée (finales et demi-finales). L’Argentine et la France doivent leur ascension récente à des générations exceptionnelles portées par deux joueurs devenus les meilleurs buteur et passeur de l’histoire du tournoi. Et l’Espagne, en 2026, rejoint enfin le club très fermé des doubles champions du monde.
    Sources : RSSSF (Rec.Sport.Soccer Statistics Foundation), tableaux des finales, demi-finales, quarts de finale, meilleurs buteurs et récompenses individuelles de la Coupe du monde, données actualisées après l’édition 2026.