L’espérance de vie dans le monde : convergence historique, écarts persistants

ANALYSE · SOCIÉTÉ · DÉMOGRAPHIE

L’espérance de vie dans le monde : convergence historique, écarts persistants

Entre 1950 et 2023, l’espérance de vie mondiale à la naissance est passée de 46,4 à 73,2 ans — un gain de près de 27 ans en moins de trois quarts de siècle, l’un des progrès les plus rapides de l’histoire humaine. Mais ce progrès global masque une dynamique plus intéressante : les continents partis de plus bas ont, dans l’ensemble, rattrapé une partie de leur retard.

Un gain mondial spectaculaire, mais inégalement réparti au départ

En 1950, l’écart entre les continents était considérable : 30,9 ans séparaient l’Afrique (37,2 ans d’espérance de vie) de l’Amérique du Nord (68,1 ans), le continent le mieux loti à l’époque. L’Europe (62 ans) et l’Océanie (61,6 ans) suivaient de près, tandis que l’Asie (42 ans) et l’Amérique latine (48,7 ans) restaient nettement en retrait.

Une convergence réelle, portée par les progrès les plus rapides là où le retard était le plus grand

Soixante-treize ans plus tard, l’écart entre l’Afrique et l’Amérique du Nord s’est réduit à 15,8 ans (63,8 contre 79,6) — quasiment divisé par deux. Ce rattrapage relatif s’explique par un principe simple : les continents partis de plus bas ont gagné le plus d’années. L’Afrique a gagné 26,6 ans depuis 1950 (37,2 → 63,8), l’Asie 32,6 ans (42 → 74,6) — la progression la plus forte de tous les continents —, quand l’Amérique du Nord, déjà en tête en 1950, n’a gagné « que » 11,5 ans (68,1 → 79,6).

Ce schéma de convergence — les retardataires progressant plus vite que les pionniers — est cohérent avec la théorie de la transition épidémiologique : une fois les grandes causes de mortalité précoce maîtrisées (maladies infectieuses, mortalité infantile), les gains supplémentaires deviennent de plus en plus difficiles à obtenir, ce qui ralentit mécaniquement la progression des pays déjà les plus avancés.

L’Asie, la progression la plus spectaculaire

Le cas de l’Asie mérite d’être souligné : partie de 42 ans en 1950 — le continent le moins avancé à l’époque, derrière même l’Afrique —, elle affiche en 2023 une espérance de vie de 74,6 ans, désormais au niveau de l’Amérique latine (75,7 ans) et proche de l’Europe (79,1 ans). Ce basculement reflète notamment les trajectoires de la Chine et de l’Inde, dont les progrès sanitaires et économiques des dernières décennies ont transformé les moyennes régionales.

En résumé : le XXe et le début du XXIe siècle ont vu l’espérance de vie mondiale converger de façon significative, l’écart entre continents le mieux et le moins bien loti passant de près de 31 ans en 1950 à moins de 16 ans aujourd’hui. Cette convergence n’efface pas les inégalités persistantes — l’Afrique reste le continent à l’espérance de vie la plus faible — mais elle dessine une tendance de fond : le progrès sanitaire mondial des soixante-dix dernières années a profité en premier lieu aux régions qui en avaient le plus besoin.
Sources : Nations Unies, World Population Prospects 2024. Données 1950-2023, moyennes par continent.