Pourquoi le déficit public français ne repasse plus sous les 3 % depuis 2020

ANALYSE · ÉCONOMIE · FINANCES PUBLIQUES

Pourquoi le déficit public français ne repasse plus sous les 3 % depuis 2020

Depuis la crise du Covid-19, la France n’est jamais repassée sous la barre symbolique des 3 % de déficit public fixée par les traités européens. Cinq années de suite (2020-2025) à un niveau supérieur à 4,5 %, alors qu’elle y était pourtant parvenue en 2018 et 2019. Que s’est-il passé, et pourquoi la trajectoire ne s’inverse-t-elle pas ?

Une décennie 2010 de lente consolidation, enfin récompensée

Après le choc de la crise financière de 2008-2009 — le déficit atteint -7,2 % du PIB en 2010, un niveau alors inédit en temps de paix —, la France s’engage dans une décennie de consolidation budgétaire progressive. La trajectoire est lente mais réelle : -5,2 % en 2013, -3,9 % en 2015, -3,4 % en 2017. En 2018 et 2019, l’objectif est enfin atteint : le déficit repasse sous la barre des 3 % (-2,3 % puis -2,4 %), pour la première fois depuis 2008.

Cette parenthèse est de courte durée. Elle démontre néanmoins que le retour sous les 3 % n’est pas hors de portée pour l’économie française : il a déjà eu lieu, récemment, sans réforme structurelle majeure ni choc externe favorable exceptionnel.

Le choc Covid, puis l’absence de rattrapage

La pandémie de 2020 provoque un effondrement budgétaire sans précédent : -8,9 % du PIB, sous l’effet des mesures de soutien massives (chômage partiel, aides aux entreprises, dépenses de santé). Ce choc est comparable en ampleur à celui de 2009-2010, mais la reprise qui suit se révèle beaucoup moins franche.

En 2021, le déficit reflue à -6,6 %, puis à -4,7 % en 2022 — la meilleure performance post-Covid. Mais au lieu de poursuivre cette trajectoire de retour vers l’équilibre, comme après la crise de 2008, le déficit se dégrade à nouveau : -5,4 % en 2023, -5,8 % en 2024, avant une légère amélioration à -5,1 % en 2025. Cinq ans après le choc initial, la France reste presque deux fois au-dessus du seuil européen — contre trois ans seulement lors du cycle 2009-2012, où le déficit était déjà repassé sous les 5 % dès la troisième année.

Une dépense publique qui continue de croître

Une partie de l’explication tient à la dynamique des dépenses publiques, qui n’ont cessé d’augmenter en valeur : selon les données du FMI (Perspectives de l’économie mondiale), elles passent de 1 315 milliards d’euros en 2018 à environ 1 652 milliards en 2024, une hausse de plus de 25 % en six ans, portée notamment par la revalorisation des prestations sociales indexées sur l’inflation, la hausse de la charge de la dette liée à la remontée des taux d’intérêt depuis 2022, et les dépenses de santé.

Du côté des recettes, la France affiche pourtant l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés parmi les économies développées : les recettes publiques oscillent autour de 52-53 % du PIB depuis 2011 (source : FMI), un niveau déjà très élevé qui laisse peu de marge pour financer un surcroît de dépenses par de nouvelles recettes sans peser davantage sur l’activité économique.

Une dette publique qui dépasse désormais 110 % du PIB

Mécaniquement, l’accumulation de déficits successifs depuis 2020 alourdit la dette publique, qui dépasse aujourd’hui 110 % du PIB. Cette situation crée un cercle qui se referme lentement : plus la dette est élevée, plus la charge d’intérêts pèse sur le budget — surtout dans un contexte de taux d’intérêt remontés depuis 2022, après une décennie de taux historiquement bas. Une partie non négligeable de la dégradation récente du déficit s’explique ainsi par une charge de la dette qui augmente presque mécaniquement, indépendamment de tout choix de politique budgétaire nouveau.

En résumé : la France a démontré, en 2018-2019, qu’un retour sous les 3 % de déficit était possible. Mais le choc Covid de 2020 a rouvert un déséquilibre que la reprise 2021-2022 n’a que partiellement corrigé, avant une nouvelle dégradation en 2023-2024. Avec des recettes déjà proches de leur plafond et une dépense publique tirée à la hausse par la charge de la dette et les dépenses sociales, la trajectoire de retour sous les 3 % apparaît aujourd’hui plus longue et plus incertaine qu’après la crise de 2008.
Sources : Insee (comptes nationaux, base 2020) pour le déficit public 1959-2025 ; Fonds monétaire international (Perspectives de l’économie mondiale, WEO) pour les recettes et dépenses publiques 1980-2029, chiffres 2025-2029 étant des projections. Les données FMI et Insee reposent sur des méthodologies proches mais non identiques ; de légers écarts entre les deux sources peuvent apparaître sur les mêmes années.